Trifectas, gerrymandering et autres chirurgies électorales


12 au 18 septembre 2011 – Barack Obama continue à voir son électorat s’éroder, malgré un plan sur le travail plutôt bien reçu, selon les derniers sondages du New York Times. Quant aux républicains, ils poursuivent le processus de sélection de leur candidat pour 2012. Mais la bataille présidentielle se jouera peut-être ailleurs. C’est ce que suggère un article de Mother Jones.

L’intrigue se déroule en Pennsylvanie, mais l’affaire est d’importance nationale: cet Etat est un Swing State dans lequel peut se jouer la présidentielle: les majorités y sont fluctuantes. En 2008, c’est le camp de Barack Obama qui a remporté une courte majorité. Les 21 délégués de Pennsylvanie au Collège électoral (qui élit le président) lui étaient donc aquis. En effet, comme dans 48 Etats et à Washington, les élections pour le Collègue électoral se jouent selon le système « winner takes all », c’est à dire une élection majoritaire à circonscription unique. Seuls deux Etats (Maine et Nebraska) élisent leurs grands électeurs par district. Ainsi, Si les 4 grands électeurs du Maine ont voté Obama en 2008, le Nebraska en avait quatre pour Obama et un pour McCain.

Pour 2012, l’affaire se corse. Suite aux élections de mi-mandat, la Pennsylvanie est devenue une trifecta: un Etat dans lequel Gouverneur, majorité du Sénat et majorité de la Chambre ont la même couleur politique. Rouge, en l’espèce. Les républicains font donc la pluie et le beau temps à Harrisburg, et peuvent décider de changer de système électoral. C’est vraisemblablement ce qu’ils vont faire: une proposition récente vise à faire élire les délégués par district.

Or, tous les dix ans, les Etats-Unis produisent un recensement de la population. Il sert notamment à revoir la carte électorale. Le dernier a eu lieu en 2010, c’est donc cette année que le redécoupage aura lieu. C’est pour cette raison que les élections de mi-mandat, en novembre 2010, étaient si désastreuses pour le camp démocrate: non seulement la majorité de la Chambre des représentants a été perdue, mais elle ne sera pas regagnée de sitôt: en 2010, les républicains ont remporté 20 trifectas (+12) contre 9 pour les démocrates (-7). Dans 20 Etats, ils ont donc toute latitude pour redessiner la carte électorale à leur avantage, pratique appelée gerrymandering. De fait, les premières cartes disponibles pour la Pennsylvanie montrent que les républicains peuvent espérer 12 sièges acquis, contre 6 aux démocrates. Dans plusieurs Etats, des procès sont déjà prévus en raison de processus de redécoupage conflictuels.

Supposant que d’autres Etats à trifectas (Foride, Ohio, Michigan…) envisagent le même changement qu’en Pennsylvanie, Mother Jones, magazine orienté à gauche, évoque non sans craintes « le plan de génie qui peut faire tomber Obama ». Même Forbes frémit à cette perspective: « Les élus devraient gagner leur place sur la foi de leurs idées et des préférences démocratiques des électeurs, et non pas en dessinant les frontières électorales à leur avantage, » y écrit l’éditorialiste E. D. Kain.

Sport universitaire: la honte

Mens sana in corpore sano: cette maxime semble nulle part appliquée mieux qu’aux Etats-Unis, seul pays au monde (selon Atlantic) à abriter au sein de ses meilleures institutions d’éducation un système hyper développé de sport de haut niveau. L’envers de la médaille, c’est l’argent: il ne se passe pas une semaine sans qu’un scandale ne fasse apparaitre que des étudiants ont touché des dessous de table ou des avantages en nature pour jouer dans une équipe. Le vrai scandale n’est pas là, insiste pourtant l’Atlantic dans une vaste enquête: le problème, c’est que des jeunes joueurs génèrent des millions de dollars de bénéfices pour leurs écoles en n’en retirant rien du tout pour eux-même. Une pratique qui pourrait cependant être mise en cause par une série de procès en cours. A lire dans The Atlantic, La Honte du Sport Universitaire.

La décennie perdue et la hausse de la pauvreté

« Nous voyons l’Amérique comme un pays ou chaque génération fait mieux que la précédente, pourtant en 2011, la famille type est moins bien lotie qu’à la fin des années 90 », déclarait Lawrence Katz, professeur d’économie d’Harvard au New York Times. L’an dernier, la proportion d’Américains vivant en dessous du seuil de pauvreté (22’314 $ pour une famille de 4 personnes) s’est élevée à 15,1%, le chiffre le plus haut depuis 1993.

Il y a trop de monde en prison!

Au début des années 80, moins de 500 000 Américains étaient en prison. Aujourd’hui, ils sont 2,3 millions. Un Américain sur 31 est « perdu » dans le système judiciaire. (prison, liberté conditionnelle, procédure, etc…). Pour Jim Webb, sénateur démocrate et héros de la guerre du Viet-Nam, c’est trop. Autre chiffre parlant: les Américains, qui représentent 5% des habitants de la planète, abritent un quart des prisonniers du monde. Quand Webb a embrassé la cause de la réforme du système judiciaire américain, certains y voyaient un suicide politique. Mais il semble avoir réussi a en faire une cause de plus en plus débattue. La croisade de Jim Webb, dans le Daily Beast

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