Effondrement judiciaire en Géorgie: un mort


19 au 25 septembre 2011 – Le condamné à mort Troy Davis a été exécuté par l’Etat de Géorgie malgré d’énormes doutes sur sa culpabilité, Barack Obama a soulagé l’éducation d’un héritage majeur de Georges Bush junior, et le candidat républicain Rick Perry a essuyé quelques revers. A l’Onu, le président américain a un peu zigzagué entre son admiration pour le Printemps Arabe et les nécessités de sa campagne. Enfin, Warren Buffett aura-t-il droit à un impôt à son nom?

Troy Davis: « I am innocent »

“I did not personally kill your son, father, and brother. I am innocent. » Ce sont les derniers mots de Troy Davis, adressés à la famille du policier Mark MacPhail, tué en 1989 à Savannah, Géorgie. Condamné à mort, Troy Davis a été exécuté mercredi soir, malgré que sept des neuf témoins de son procès se soient entre temps dédits ou retournés, et malgré le manque de preuves matérielles. Une campagne internationale et de nombreuses interventions publiques n’ont pas fait plier l’Etat de Géorgie.

Quelques jours plus tôt, William Session, ancien directeur du FBI, appelait l’Etat de Géorgie à commuer l’exécution en prison à vie. Dans l’Atlanta Journal Constitution, il estimait « qu’il existerait toujours des affaires dans lesquelles le doute sur la culpabilité ne peut pas être entièrement levé. Le cas Davis est l’un de ceux-là ». Quant à l’ancien président démocrate Bill Clinton, favorable à la peine de mort, il a estimé que la procédure d’appel devrait être assouplie dans les cas ou de nouvelles preuves ADN permettraient d’innocenter un condamné. Il est pourtant à l’origine d’une loi qui a accéléré cette procédure, et qui est évoquée comme ayant empêché la tenue d’un nouveau procès, explique le Huffington Post.

L’ancien président démocrate Jimmy Carter a lui, par contre, espéré que « cette tragédie mène le pays vers un rejet total de la peine de mort ». Le révérend Al Sharpton a plaidé pour l’abolition de la peine de mort dans les cas dont l’accusation est basée sur des témoignages. Une telle loi est déjà en vigueur dans le Maryland.

D’autres explications et les nouvelles perspectives du mouvement abolitionnistes dans le Washington Post et dans The Atlantic.

Le témoignage d’un homme chargé de superviser le système carcéral en Géorgie et qui a démissionné après cinq exécutions (dans le Daily Beast).

Barack Obama corrige  « No Child Left Behind » réalisation majeure de son prédécesseur.

No Child left behind (qu’on peut traduire par « aucun enfant à la traine »), c’est l’héritage majeur de Georges W. Bush dans le domaine de l’éducation: une loi, votée en 2001 avec l’enthousiaste soutien des deux partis du Congrès, qui oblige les Etats à inculquer à chaque enfant un niveau standard en math et en Anglais. Dès 2014, cette loi oblige les Etats à un 100% de réussite sans lequel les fonds fédéraux qui leur sont alloués peuvent être revus à la baisse. Saluée à son entrée en vigueur, elle est aujourd’hui accusée de miner le système éducatif. Tributaire de questionnaires à choix multiples qui garantissent d’évaluer tous les élèves d’un Etat selon le même examen, No Child Left Behind forcerait les enseignants à travailler dans le but de passer le test, négligeant les autres matières, et inclineraient les Etats à fixer des standards trop bas, pour s’assurer de pouvoir les atteindre.

Des problèmes que l’inventeur des questionnaires à choix multiples avait lui-même vu venir. Frederick Kelly a inventé ce procédé d’évaluation en 1914: le système éducatif américain avait vu passer rapidement le nombre d’élèves de 200 000 à 1 million et demi en raison de l’immigration. Puis c’est la guerre qui entraîne une pénurie d’enseignants, les hommes étant aux champs de bataille et les femmes dans les usines d’armement. Frederick Kelly s’inspire alors du Fordisme pour trouver un moyen d’évaluer les étudiants rapidement et efficacement. Ses tests se sont rapidement généralisés alors que lui-même a plaidé par la suite pour d’autres moyens d’éducation, raconte le Washington Post.

Des demandes de révision de la loi ont été déposées dès 2007, mais devant l’inaction du Congrès, Barack Obama a avancé ses pions: au grand soulagement des Gouverneurs, il a décidé que les Etats pourraient échapper au couperet de 2014 s’ils prouvaient qu’ils avaient un plan pour relever le niveau des écoles en difficultés. L’administration s’attend à ce que la grande majorité des Etats demandent à pouvoir bénéficier de ce sauf-conduit.

Christie, attendu comme le Messie?

Chris Christie, gouverneur du New Jersey, ne veut pas se lancer dans la campagne pour les primaires républicaines. Il l’a dit plusieurs fois. Mais les personnes qui essayent de le convaincre semblent nombreuses, à en croire The Caucus, le blog politique du New York Times. Qui note perfidement que ce regain d’intérêt pour le non-candidat traduit la nervosité des activistes et donateurs républicains après les prestations décevantes de Mitt Romney et Rick Perry, respectivement favori et challenger dans la course à l’investiture. Le suspens demeurera encore quelques jours, donc. Mais c’est la dernière fois: « On arrive à court de nouveaux candidats crédibles », rassure The Caucus.

Buffett contre les vampires

Warren Buffett aura-t-il finalement un impôt à lui? Il se plaint depuis un certain temps de payer moins d’impôts que sa secrétaire, et a demandé à Washington, par une lettre dans le New York Times le 14 août dernier, de « cesser de dorloter les superriches ». Finalement, Barack Obama lui a répondu. Il envisage bel et bien une « Buffett Rule » pour que les grandes fortunes contribuent à réduire le déficit budgétaire. Elle sera incluse dans son projet de budget, sans grandes chances de survie, toutefois, selon le New York Times.  Accusé par la droite conservatrice de favoriser la lutte des classes, Barack Obama a répliqué par une formule reprise toute la semaine: « It’s not class warfare, it’s math ». (Il ne s’agit pas de lutte des classes, juste de math)

Pour un éditorialiste du Washington Post, c’est bel et bien de lutte des classes dont il s’agit. « Et il ne devrait pas en avoir peur… Il a meilleur temps de la gagner », écrit Sally Kohn, « mais ce sont les riches qui ont commencé ».

En bref:

  • Barack Obama a prévenu en début de semaine qu’il opposerait son véto à la demande de la Palestine d’obtenir un statut d’Etat à l’ONU. Pour l’éditorialiste Thomas Friedman, « la puissance du lobby pro-israélien en période d’élection force l’Amérique a défendre Israel à l’ONU, même lorsque les décisions prises par Tel Aviv ne sont ni dans son intérêt ni dans celui de Washington ».
  • Trois ans après que l’Amérique soit officiellement entrée en récession, et deux ans après qu’elle en soit officiellement sortie, les familles dont le destin a basculé tentent de reprendre le dessus. Mais comme le montre le LATimes dans une série de portraits, sortir de la pauvreté est loin d’être un combat gagné d’avance.
Photo: New York, 24 septembre 2011, loé
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