Super PAC: Corporations Are People, My Friend*


Metro, Smithonian« Les SuperPAC sont une abomination pour tous ceux qui chérissent la libre pensée au sein d’une démocratie constitutionnelle ».   Cette citation à propos des « comités d’action politique » que les entreprises américaines peuvent alimenter discrètement et sans limites pour soutenir les candidats aux élections n’est pas arrachée à un métallo syndiqué par un journaliste improvisé de l’Occupied Wall Street Journal. Elle vient du Time, qui a demandé à Rick Tyler comment il s’en sortait. Assis sur 5 millions de dollars rien que pour tailler des croupières à Mitt Romney juste avant les primaires de Caroline du Sud (samedi 21 janvier), Rick Tyler est à la barre de Winning our Future, le SuperPAC qui soutient Newt Gingrich.

Rick Tyler et Newt Gingrich ne peuvent pas se parler: la législation interdit aux candidats toute coordination avec un SuperPAC. Mais ça ne les empêche pas de communiquer: Newt Gingrich, quand il n’est pas content de son SuperPAC, il le dit simplement à la télé. De son coté, Rick se renseigne sur ce que veut Newt « en lisant les journaux et en regardant la télé » (et de toute façon, il en a été longtemps un des aide de camp).

Cette situation ubuesque gêne donc même ceux qui en sont les premiers bénéficiaires. Et elle est en train de changer la campagne électorale, comme le pressentaient les manifestants d’Occupy Wall Street qui, durant l’automne, mettaient les SuperPAC au hit-parade des maux de l’Amérique.

Pour approcher ce que sont vraiment ces comités, il faut regarder le comique Stephen Colbert faire campagne en Caroline du Sud. Il a créé un SuperPAC, qu’il a appelé « Making a better tomorrow, tomorrow« , levé des fonds, confié ce comité à son ami et collègue de Comedy Central John Stewart, et a tenté de se présenter pour devenir « Président des Etats-Unis de Caroline du Sud ». Depuis 2 semaines, Colbert et Stewart se bidonnent dans chacun de leurs shows respectifs (le Daily Show pour Stewart, et le Colbert Report pour Colbert), ridiculisant le système des SuperPAC. La plaisanterie a ses limites… en quelque sorte: empêché de se présenter pour de vrai aux primaires, Colbert (crédité d’un deuxième rang virtuel par un sondage) a finalement appelé à voter Hermann Cain, candidat qui s’est retiré en fin d’année passée, mais qui restait inscrit en Caroline du Sud. Voici l’article que le New York Times Magazine consacrait à l’incursion du satiriste dans la réalité…

Les SuperPAC font toute la singularité de cette campagne 2012: grâce à un célèbre arrêt de la Cour Suprême des Etats-Unis (Citizen United contre la Commission fédérale des élections – 2010), les entreprises peuvent intervenir financièrement dans les campagnes politiques, pour autant que les comités politiques auxquels elles versent de l’argent (les dits SuperPAC) restent complètement indépendants des candidats et de leur appareil de campagne. C’est pour cette raison qu’un déluge de cash s’est abattu sur la campagne présidentielle américaine (qui n’avait jamais été spécialement cheap). D’après ProPublica (dont voici le dernier dossier en date consacré à la question), les superPAC ont déjà dépensé 18 millions de dollars, et en Iowa, ils ont dépensé en publicité deux fois plus que les candidats eux-mêmes.

Cet article du New York Times prend toute la mesure du changement qu’apporte les SuperPAC dans la phase des primaires: il montre qu’à mi-janvier, la campagne est déjà bien différente de ce qu’elle aurait été sous l’ancien régime de financement des campagnes: Après les primaires du New Hampshire et les Caucus d’Iowa, Mitt Romney bénéficiait de bonnes avances dans les sondages pour la Caroline du Sud (21 janvier) et pour la Floride, le 31 janvier. La partie aurait pu s’y arrêter, une confortable avance du nombre de délégués assurant Mitt Romney de remporter la mise à la convention républicaine. Mais l’ancien gouverneur du Massasuchetts s’est trouvé sous une avalanche de films qui le dépeigne en spéculateur avide de dollars dans l’affaire Bain Capital (une entreprise de Private Equity que ses adversaires érigent en symbole du Vulture Capitalism, capitalisme vautour).

Newt Gingrich, malgré de nouvelles révélations sur sa vie privée tumultueuse (il aurait tenté de convaincre sa seconde épouse d’une union libre, avant de la quitter pour épouser sa troisième et actuelle femme) a réussi a renversé la vapeur. La primaire de Floride, qui pouvait être le couronnement du candidat Romney, pourrait être le tournant du match entre les deux « frontrunners » (comme l’explique Mike Allen dans le Politico Playbook du 20 janvier).

Les candidats ont de l’argent, mais ils ont aussi toutes les raisons de tenir bon: on l’a vu cette semaine, de spectaculaires retournements d’opinion peuvent se produire. Or le calendrier des primaires a été revu par les républicains, de sorte à laisser en fin de calendrier les grands Etats dont tous les délégués sont attribués au vainqueur (certains Etats répartissent leurs délégués par circonscription, ou à la proportionnelle). C’est une des raisons qui expliquent qu’ils soient encore 4 à concourir: Mitt Romey, Newt Gingrich, Rick Santorum et Ron Paul. Au soir du 21 janvier, Newt Gingrich a été déclaré vainqueur des primaires de Caroline du Sud contre toutes les prévisions faites quatre jours auparavant.

*Mitt Romney, août 2011

photo: © Luc-Olivier Erard – Métro de Washington, novembre 2011
 
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