Citizen United: Pluie de dollars et torrents de boue


La présidentielle 2012, débridée par Citizen United, est caractérisée par un flot démesuré de publicité politique sur toutes les chaines du pays. Un rapport publié par Freepress, groupe non partisan qui vise la réforme du paysage médiatique, tente de prendre la mesure de ce changement. Rédigé par Timothy Karr, il évalue l’impact sur la télévision de la fameuse décision de la Cour Suprême qui permet aux entreprises de s’impliquer financièrement, discrètement et sans limites dans les campagnes politiques.

La principale conséquence du jugement Citizen United, c’est l’arrivée des SuperPAC. Ce sont des groupes financés par des entreprises pour influencer une campagne politique. Il en existe près de 300 qui entendent jouer un rôle en 2012.

D’ici l’élection de novembre, ces groupes vont dépenser des centaines de millions de dollars en spots publicitaires. Sur certaines chaines locales dans des Etats clé, il s’en passe déjà jusqu’à 12 par heure. L’auteur du rapport cite des estimations qui chiffrent à 3,3 milliards de dollars la dépense totale des comités, partis politiques et candidats. Ce qui représente une augmentation de 57% par rapport à la campagne 2008.

Si ces spots sont si nombreux, c’est que ça marche, lit-on dans le rapport de Freepress. 78% des Américains disent s’informer en premier lieu par les chaînes de télévision locales. Et en 2008, les sièges du Congrès qui étaient en jeux sont revenus au candidat qui a dépensé le plus d’argent dans plus de 9 cas sur 10.

L’origine de cette manne tombée du ciel (« Se trouver dans un coin chaud de la campagne, c’est comme avoir gagné à la loterie » aurait confié un responsable de chaine locale) ne devrait pas rester secrète: la décision de la Cour Suprême fait explicitement état de la publicité de l’origine des fonds, qui devait permettre au public, et surtout aux actionnaires, de prendre des décisions judicieuse. Mais les chaines sont évidemment réticentes à rendre des données compréhensibles accessibles.

D’ailleurs, le jugement Citizen United, très présent sur les placards des manifestants d’Occupy Wall Street, en automne, ne faisait que très peu l’objet de comptes-rendus dans les médias, à l’inverse d’autres questions, comme les bonus, le financement public des entreprises en difficultés, etc… Lors des primaires, il n’en a été question que dans les débats dans lesquels les candidats eux-mêmes étaient génés par les innexactitudes propagées par leurs SuperPACs respectifs à propos de leurs adversaires…

Dans le collimateur de l’auteur, la Commission Fédérale des Communications, dont la propension à la dérégulation rend les médias vulnérables à la manipulations: les newsrooms, consolidées et diminuées, ne font pas le poids par rapport à l’appareil des SuperPACS.

Freepress demande notamment que l’origine du financement des publicités politiques soit rendue public. Mais aussi que le journalisme local soit soutenu, et que des limites soient posées à la concentration des médias audiovisuels.

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