Obama/Romney: début de campagne


Après la défection de Rick Santorum et l’évaporation de Newt Gingrich (à court de cash) Mitt Romney commence à s’installer dans un camp républicain en ordre de marche. Mais il lui reste du travail pour convaincre: il apparait pour l’instant comme le plus mal aimé de tous les candidats à la présidence depuis… 1984, selon The Fix.  Pour autant, rien n’est joué: le même blog du Washington Post explique que les résultats seront serrés. Certains sondages continuent à donner Barack Obama perdant, et lui comme Mitt Romney convainquent tout autant dans leur propre camp: ils pourraient bénéficier du vote de 90% de leurs partisans déclarés, les indépendants feront donc la décision (bien que je me méfie beaucoup de cette catégorie inventées par les sondeurs et dont j’aimerais bien savoir quelle proportion change vraiment d’avis d’une élection à l’autre).

Mathématique 2012

Même si les sondages nationaux sont serrés, un examen des données disponibles montre que la marge dont bénéficiait Barack Obama en 2008 sera difficile à combler pour Mitt Romney. Les premières estimations d’AP et Politico permettent de dresser une carte des Swing States: la Floride (28 Grands Electeurs) et l’Ohio (19) seront les principaux champs de bataille en novembre. Sur ma carte des Swing States avec leur vote populaire présidentiel pour les trois dernières élections, on voit que Barack Obama avait par exemple réussi à conquérir la Caroline du Nord en obtenant 6,2 points de plus que John Kerry, le candidat démocrate de 2004, mais sa marge contre Mc Cain n’était que de 0,2%. Autant dire que l’issue du scrutin de cette année est incertaine (le dernier sondage PPP cité par le New York Times donne tout de même Barack Obama gagnant à 49% des intentions de vote contre 44% à Mitt Romney).

Le Collège électoral compte 538 Grands électeurs. Il en faut 270 pour remporter l’élection présidentielle. Ils sont attribués par Etat, à celui des candidats qui a remporté le plus grand nombre de voix. (sauf au Maine et au Nebraska qui peuvent les répartir entre les candidats). Barack Obama a remporté en 2008 neuf Etats remportés par Bush 4 ans auparavant. C’est avant tout ces Etats là qui seront le terrain de la campagne, terrain qui rétrécira autour des principaux Swing States à mesure que le 6 novembre approche. « En dépit des efforts des candidats pour faire de la campagne un référendum national, ce sont des facteurs locaux qui vont décider de la forme de la campagne et canaliser les ressources vers des Etats en particulier », note AP. L’agence, dans ses premières estimations, donne Barack Obama vainqueur (large ou serré) dans 18 Etats plus DC avec un total de 242 Grands Electeurs. 9 Etats sont incertains pour un total de 105 Grands Electeurs, tandis que le candidat républicain est donné vainqueur (large ou serré) dans 23 Etats avec un total de 191 Grands Electeurs.

Le patchwork américain

Si on a beaucoup parlé d’élan d’enthousiasme historique, de vote des minorités et de rejet de l’ère Bush lors des élections de 2008, ce sont aussi de profondes mutations démographiques qui ont été déterminantes dans le résultat de certains Etats. Ces changements (renforcement de la présence de population hispanique dans certains Etats de l’Ouest, nouvelle population du Nord arrivée en Floride, etc.) sont abondemment décris dans un ouvrage paru à la suite d’un long travail de terrain et d’analyse statistique. Our Patchwork Nation, de Dante chinni et James Gimpel, paru fin 2010, permet d’appréhender ces changements et de comprendre l’évolution de la carte des Etats-Unis au-delà d’une simple description en rouge et bleu.

Mitt Romney, les armes, et les femmes

Adoubé par la NRA (le lobby des armes à feu) en début de semaine passée, Mitt Romney a ouvert la voie pour une première bataille, auprès des femmes. Avant son discours, il a en effet laissé la parole à son épouse, Ann Romney. Elle a eu tout loisir de répondre aux propos de Hilary Rosen, une consultante démocrate qui l’avait accusée de « ne pas avoir travaillé un jour de sa vie » alors qu’elle a élevé cinq enfants. Un parcours que chacun peut reconnaitre tout à fait digne (à part peut-être Mitt Romney, qui semble avoir là encore changé d’avis depuis l’enregistrement de cette séquence).

Un épisode dérisoire qui ne va pas probablement pas permettre au GOP de remettre les conteurs à zéro auprès des Américaines (qui votent systématiquement plus démocrate que les Américains), après les attaques contre le remboursement de la contraception, les propos de Rick Santorum sur l’avortement, etc… qui constituent ce que la gauche appelle de plus en plus fréquement « la guerre républicaine contre les femmes ».

Cette tempête médiatique va pourtant donner le ton de la campagne, estime le New York Times: « Il est clair que les deux équipes de campagnes ont été préparées à saisir la moindre gaffe, erreur ou ouverture politique pour tirer parti, sur le plan médiatique, de tous les scandales possibles, aussi éphémères soient-ils ».

Dénonçant une arnaque à l’électeur, Politico tente d’élever le débat, en demandant ce que les candidats cherchent à cacher en polémiquant de la sorte: « La vraie question c’est de savoir ce qu’on est en droit d’attendre des secteurs public et privé pour permettre aux familles d’élever des enfants en bonne santé ».

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