Les affaires de Mitt Romney


Boston, Massachusetts, juin 2012 – © loé

Mitt Romney a grandi au Michigan. C’est en Utah qu’il s’est fait une réputation internationale, sauvant les JO d’hiver de Salt Lake City de la banqueroute, en 2002. Mais depuis longtemps, Mitt Romney, c’est Boston. Diplômé de Harvard, Université située dans la ville voisine de Cambridge, il a construit sa carrière politique au Massachusetts, dont il était gouverneur de 2003 à 2007. Son quartier général de campagne est situé dans un immeuble de bureau anonyme du North End.  Mais s’il a dominé la ville, c’est surtout du haut des 60 étages de la Hancock Tower, la plus haute tour de Nouvelle-Angleterre, qui abrite entre autre le géant du private equity Bain Capital. Il n’y a pas besoin de regarder longtemps la skyline de Boston pour comprendre où va se concentrer l’attention que le monde politique et les médias accordent à Mitt Romney.

Bain Capital, co-fondée en 1984 par Mitt Romney, fait de lui un homme riche. Fortune estimée: entre 200 et 250 millions de dollars. Cette société d’investissement s’est rapidement hissée parmi les plus grandes: elle revendique aujourd’hui pour 60 milliards de dollars d’actifs sous gestion, avec des filiales dans le monde entier, et ce classement lui accorde la septième place mondiale de son secteur d’activités.

Le private equity consiste à investir afin de permettre à des entreprises de se lancer, ou de se remettre à flots. Il se caractérise souvent par une forte implication dans le management, un examen approfondi de l’activité économique dans laquelle le capital est investit, et des services payants pour les entreprises concernées. Il s’agit par exemple de racheter une entreprise à bon prix,  de la conseiller ou de remplacer son managment, de se débarrasser d’actifs ou d’employés, de faire augmenter la valeur de l’entreprise et enfin la revendre en empochant le bénéfice, non sans lui avoir facturé ces services. Factures qui, parfois, peuvent s’avérer définitivement mortelles pour les boîtes tombées dans le private equity que ses détracteurs appellent volontiers capitalisme vautour (Vulture capitalism).

Echecs profitables

Les attaques contre Mitt Romney dans le cadre de son activité chez Bain Capital couvrent deux aspects. D’une part, Bain est accusée d’avoir vampirisé des entreprises, en les asséchant financièrement à son profit. Reuters a par exemple raconté en janvier comment une fonderie du Missouri reprise en mains par Bain Capital a rapporté des millions à la firme de Boston pour finalement cesser son activité, privant de leur emploi 750 personnes. Durant cette période, relève cependant la conservatrice National Review Online, la moitié de la métallurgie américaine a disparu, engloutie dans une vague d’importations bon marché. « Il ne s’agit pas de capitalisme vautour: Bain a voulu sauver l’entreprise et a simplement échoué ».

Ce qui chicanne le New York Times, c’est que ces échecs ne sont pas des drames pour Bain Capital, loin de là: « La firme pilotée par Mitt Romney a pris une part majoritaire dans plus de 40 entreprises basées aux Etats-Unis entre 1984 et 1999. Au moins sept de ces compagnies ont fait faillite pendant ou juste après que Bain y soit impliquées, d’après l’enquête du New York Times. Dans certains cas, des centaines d’employés ont perdu leur travail. Cependant dans la plupart des cas, les rapports et les interviews [réalisés par le journal] suggèrent que Bain et ses cadres trouvaient toujours le moyen d’en tirer bénéfice ».

« Pionnier de la délocalisation »

Aujourd’hui, le Washington Post s’intéresse plus directement la philosophie du private equity façon Bain, en relevant son rôle de premier plan dans les délocalisations qui ont couté tant d’emplois aux Etats-Unis. Au cours des presque quinze années pendant lesquelles Mitt Romney était à la manoeuvre (mais aussi avant et après) Bain Capital a en effet investit dans des firmes « spécialisées dans la délocalisation d’usines ou de call centers dans des régions du monde à bas salaires, comme l’Inde ou la Chine », révèle le journal. Or, Mitt Romney a fait du retour des emplois (industriels notamment) une priorité de sa campagne.

La campagne Obama tente de démontrer que la méthode Bain est un jeux de dupes: pile je gagne, face tu perds. Hier, le président a même cité le Washington Post et dépeint son adversaire comme un « pionnier des délocalisations ». Mais parfois les critiques contre ces attaques gagnent son propre camps, comme lorsque l’ancien président démocrate Bill Clinton a relevé la carrière exemplaire de Mitt Romney, relevant aussi, devant la surprise, qu’il « n’était pas un employé de la campagne Obama ». Il s’est par la suite excusé.

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