Mitt Romney revient évangéliser l’Europe


Quel candidat-président n’a-t-il pas été accusé d’inexpérience internationale? Le jeune sénateur Obama, le Texan sans passeport, le saxophoniste de Little Rock:  ils y ont tous eu droit. Le contraste est évidemment plus fort pour ceux qui s’attaquent à un candidat sortant. C’est aussi vrai  pour Mitt Romney: le premier président Afroaméricain et prix Nobel de la paix, flanqué de sa secrétaire d’Etat recordwoman du monde de kilomètre diplomatique ne seront pas faciles à faire oublier sur la scène internationale.

S’il est peu probable que les affaires étrangères soient déterminantes dans une élection qui se joue essentiellement autour de l’économie, de conjonctures locales et du bilan du sortant, une virée dans le « rest of the world » ne semble plus, pour autant, facultative. Barack Obama avait surpris les commentateurs lors de sa tournée européenne d’il y a quatre ans, au plus chaud de la campagne, mais son discours de Berlin n’a pas été oublié, rappelle Foreign Policy.

Mitt Romney, qui était venu en Europe dans sa jeunesse pour son église devra donc prouver qu’il est aussi crédible en leader du Free World que dans la position du missionnaire.

Nouvelle discipline: le saute-euro

Première étape: Londres, où il va retrouver le « petit » monde olympique, rencontrer des membres du gouvernement britannique et de l’opposition, et certainement se livrer à quelques photo-ops avec des membres de gouvernements étrangers présents lors de la cérémonie d’ouverture des jeux.  Ensuite, c’est le grand saut vers l’Europe continentale, direction: la Pologne. Wait, WHAT?

Eh, oui, la Pologne, dont le plus grand mérite est probablement, fait remarquer perfidement Business Insider, d’avoir gardé le Zloty. Mitt Romney ne mettra donc pas le pied dans la Zone Euro, dont la crise de la dette est tenue ici comme partiellement responsable de l’absence de réelle reprise économique. Pour quelqu’un qui compte essentiellement sur ses réussites de businessman, c’est une option qui peut apparaître frileuse.

Bien sûr, la Pologne ne manque pas d’intérêt stratégique. Mitt Romney accuse Barack Obama d’abandonner les projets de renforcement du dispositif de défense américain sur l’est et estime que la Russie est le pire ennemi de l’Amérique. Le candidat va aussi serrer la pince à Lech Walesa, figure de la lutte contre le communisme (ainsi qu’au président et au premier ministre), avant de se rendre en Israël.

Mitt Romney est-il un faucon?

L’esprit dans lequel le candidat entreprend cette tournée était brossé sommairement sur sa page Facebook, hier. On pouvait y lire: « Un monde en paix dépend d’une Amérique forte et confiante. Je vous promets que si je deviens Commander-in-chief, les Etats-Unis vont remplir leur devoir et accomplir leur destinée ». Son programme de défense dénonce les coupes dans le budget militaire programmées par l’administration actuelle et l’obsolescence de l’équipement.

Sa politique étrangère est largement critiquée comme étant pour l’heure définie de manière superficielle. Sa communication est bourrée de généralités comme la promesse d’un « siècle américain », le « déclin » imputable à Barack Obama, etc. Les commentateurs du Huffington Post notent que dans son récent discours de politique étrangère devant les vétérans, le candidat a manqué l’occasion de s’attaquer à Barack Obama sur la situation syrienne, pour s’attarder sur une affaire « interne », les fuites de la Maison Blanche.

Mais si Mitt Romney n’est pas très spécifique à propos de sa politique étrangère, la composition de son équipe de campagne en dit long. Une partie de ses conseillers sont des survivants de l’ère Bush et sont perçus comme des va-t-en-guerre. Dick Cheney n’en fait pas partie, trop marqué comme le principal architecte de la politique étrangère de Bush, mais son soutien à Romney soulève des questions au sein même de la campagne républicaine.

Car même si l’adversaire de Barack Obama tente aussi de démontrer que son arrivée à la Maison Blanche ne serait pas un retour aux mauvais souvenirs laissés par George W. Bush, le courant néoconservateur domine (unilatéralisme, préférence de la force sur la diplomatie, etc.). Colin Powell, secrétaire d’Etat de George Bush, les estiment, dans leur ensemble, « trop à droite » et avertit Romney qu’il aura à réfléchir à deux fois avant de suivre certains de leurs conseils.

On trouve par exemple John Bolton, controversé ambassadeur à l’ONU de l’ère Bush, mêlé (entre autres) à l’hypothèse des armes de destruction massive en Irak. Il a envisagé un temps se présenter à l’élection présidentielle, avant de se proposer comme éventuel secrétaire d’Etat de Newt Gingrich, puis de soutenir Romney.

Il y a aussi Cofer Black, responsable de l’antiterrorisme à la CIA au moment des attentats du 11 septembre 2001, et responsable du programme de l’Agence qui consistait à transférer des prisonniers dans des prisons secrètes à l’étranger afin d’y exercer des techniques d’interrogatoires interdites.

Robert Kagan, actuel ambassadeur des Etats-Unis à l’Otan, historien, tenu pour un des penseurs des théories néoconservatrices en matière de relations internationales, mais intellectuel à succès respecté par les deux partis, et évoqué cette année par Barack Obama dans son discours sur l’Etat de l’Union, est aussi dans la liste de Romney.

Il est donc peu probable que Mitt Romney rassemble à Varsovie les foules qui étaient venues acclamer Barack Obama à Berlin. Cela dit, il est tout aussi improbable que Barack Obama suscite en Europe l’enthousiasme qu’il avait soulevé en 2008…

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