Une question locale d’intérêt national: Cuba


En Floride, il y a des vieux, et des Cubains. Paul Ryan qui vient d’être choisi par Mitt Romney comme vice-président peut-il aider le mormon terne à gagner le Sunshine State? C’est en cherchant la réponse à cette question qu’un journaliste local a fait réapparaitre une vieille peau de banane de manière inattendue.

En Floride, Mitt Romney se trouve dans un Etat critique: il ne peut pas perdre le plus gros des Swing States s’il veut conserver une chance de gagner l’élection. Comme celle-ci se jouera dans une minorité d’Etats dispersés dans le pays dont les électeurs se partagent à peu près à parts égales entre Républicains et Démocrates, les contingences et l’actualité locales doivent être prises en compte dans l’analyse du processus électoral. J’ai déjà parlé à ce sujet du cannabis au Colorado. Depuis, la situation s’y est compliquée puisqu’un débat sur les armes d’assaut (qui reste de basse intensité, disons) a fait surface après la tuerie d’Aurora.

Donc, la Floride

Une fois la présence de Paul Ryan sur le ticket républicain connue, la campagne Obama a pointé ses premières flèches sur le projet budgétaire du candidat VP, qui se propose de réduire les déficits publics, notamment en diminuant le coût de Medicare, qui finance les soins pour les retraités. Avec Paul Ryan, les Républicains ont choisi un symbole de la rigueur budgétaire qui risque de s’abattre sur les seniors. Sa présence sur le ticket est donc une source d’incertitude pour Mitt Romney. Et pas seulement pour lui d’ailleurs, mais aussi pour les médias: comme le rappelle la Columbia Journalism Review, la question de la sécurité sociale, hissée en tête des problèmes de la campagne par la présence de Paul Ryan, est extrêmement complexe à couvrir (en particulier concernant l’impact qu’elle peut avoir sur l’élection).

Au large de Miami

Autre groupe démographique important en Floride: les Américains d’ascendance hispanique*. Mais si, ailleurs dans le pays, les hispaniques ont voté très majoritairement Obama en 2008, ceux de Floride, issus de la diaspora cubaine, votent plutôt conservateur, et seraient très majoritairement favorables au maintien de l’embargo sur Cuba. Or, un journaliste local du Miami Herald a mis la main sur des archives intéressantes: Paul Ryan a voté trois fois pour mettre fin à l’embargo. Un historique qui risque de ne pas plaire, à Miami. La CJR, qui signale que l’affaire a été reprise par de nombreux médias nationaux, la considère comme un exemple de journalisme local:  « Oui, Medicare et la Sécurité sociale sont importants, c’est évident. Mais l’épisode [des votes anti-ambargo de Ryan] est un bon exemple de l’impact que peuvent avoir des reporters qui comprennent les questions qui sont importantes au sein de leur propre communauté. Les médias nationaux se rendraient service à eux-mêmes s’ils se donnaient la peine de mieux comprendre les questions particulières qui se posent au sein des Etats, comme c’est le cas pour l’embargo en Floride. »

*Petit rappel historique: en 2000, l’élection de Floride a fait basculer les Etats-Unis dans l’ère Bush 43 pour 537 voix (et encore…) Avec ce genre de marge, n’importe quel groupe démographique est capital…

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