L’impromptu du Missouri


Le représentant républicain du Missouri et candidat au Sénat Todd Akin a donc réussi, à son corps défendant, là où les démocrates avaient échoué: porter la campagne sur un autre sujet que l’économie. Dimanche, il a estimé que les « véritables viols » étaient « rarement suivis d’une grossesse » parce que « le corps de la femme avait les moyens de s’en prémunir ». Malgré le retrait du Missouri de gros financiers républicains, et de nombreux appels à renoncer à sa candidature, il ne s’est pas retiré. Et mercredi dans la journée, il  faisait encore la Une d’une bonne partie de la presse en ligne.

C’est ennuyeux pour Mitt Romney, car son effort pour centrer la campagne sur les questions économiques est perturbé. Le chalenger républicain vise ce qui constitue le talon d’Achille de Barack Obama: le chômage persistant et la croissance économique faible. Mais en restant concentré sur l’économie, il cherche aussi à se cantonner dans un répertoire au sujet duquel les républicains semblent moins divisés entre eux que sur les questions de société comme l’avortement, les droits civils, etc.

Passons sur l’imbécile distinction entre les vrais viols (legitimate rape, en Missourien) et les autres. Barack Obama a sauté sur l’occasion pour faire une conférence de presse, rappelant qu’un viol est un viol. Mitt Romney a condamné vivement les propos incriminés. Paul Ryan, le candidat Vice’, a utilisé les mêmes termes que le Président: « A rape is a rape, period. » Le candidat Akin s’est platement excusé, indiquant que ses propos ne traduisaient pas bien sa profonde compassion. Sans blague!

Cependant, sur le fond, Akin, Ryan et bien des dignitaires républicains sont d’accord. Ils veulent supprimer le droit à l’avortement. Quant au viol, ils ont aussi tenté de concert, à la chambre des représentants, de rétrécir sa définition légale afin de diminuer l’impact financier des mesures d’aide aux victimes. Le camp républicain n’est cependant pas homogène là non plus. Scott Brown, sénateur du Massachusetts en piste pour un siège au Sénat dans une autre course très suivie (contre Elizabeth Warren), a montré son désaccord avec la résolution sur l’avortement qui doit être présentée à la convention. Elle est la même que lors des dernières conventions, et ne contient pas d’exception dans les cas de viol ou d’inceste.

L’avortement était légal dans la plupart des Etats au début des années 1970. En 1973, deux arrêts de la Cour Suprême ont établi le droit à l’avortement au niveau national. La question, 40 ans après, reste extraordinairement polémique.

Les Américains sont divisés. 55% des Américains estiment que l’avortement doit être légal dans tous les cas ou dans la plupart des cas, selon ce sondage Quinnipiac de février 2012. Et les différences entre hommes et femmes ne sont pas très prononcées, selon cette autre étude évoquée dans la revue conservatrice American Spectator.

Au contraire d’autres questions sociales, la cause mobilise des militants qui continuent à se montrer très actifs. A New Haven, par exemple, devant le New England Planned Parenthood (le « planning familial »), une petite troupe d’activistes se réunit plusieurs fois par semaine pour brandir des photos de foetus et des messages chrétiens,  et insultent épisodiquement les jeunes femmes qui passent à proximité, par nécessité ou par hasard.

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