Vidéo pirate: 47% exploités à 100%


La vidéo des 47% sera sans aucun doute un élément central des récits qui seront écrits à propos de la campagne 2012. En apparence, elle l’a fait basculer. Le candidat républicain y fait en effet montre tout à la fois de mépris pour près de la moitié des Américains, d’une habileté politique limitée, et de compétences discutables en politique étrangère.

Faisons donc un tour rapide de ces questions en se rappelant, comme d’habitude, qu’en quarante jours, bien des calamités peuvent encore s’abattre sur les deux camps.

Le document est l’enregistrement en caméra cachée de l’intervention de Mitt Romney dans un diner visant à récolter des dons pour sa campagne. Il s’est tenu à Boca Raton, en Floride, le 17 mai 2012 dans la résidence d’un bailleur de fonds.

Digression: Boca Raton, petite ville du sud de la Floride est, dans la culture populaire, une villégiature de prédilection pour les familles mafieuses (Les Sopranos…). Mais la ville est aussi considérée comme la capitale mondiale du spam (c’est Bruce Springsteen qui l’a qualifiée ainsi, suite à différents faits divers). Et la passionnante série de Frontline consacrée à la crise financière, Money, Power and Wall Street révèle que c’est dans les piscines d’un hotel de Boca qu’ont été inventés les produits dérivés responsables de la crise des subprimes. Ça n’a rien à voir, mais c’est pour planter le décor. Fin de la digression.

C’est Mother Jones, magazine d’investigation de gauche, qui a obtenu les images volées et les exploite depuis le début de la semaine, repris par l’essentiel de la presse. L’article original de Mother Jones est titré: Romney révèle à des donateurs millionnaires ce qu’il pense vraiment des électeurs d’Obama. Et ce n’est pas très fin.

Les pauvres

En répondant à une question sur sa stratégie pour convaincre une majorité d’Américains, Mitt Romney explique qu’il s’adresse seulement à certains d’entre eux, les autres étant perdus: « Il y a 47% des gens qui vont de toute façon voter pour le président. Ces 47% sont dépendants du gouvernement, se considèrent comme des victimes, et croient que le gouvernement est responsable de leur bien-être. Ils croient qu’ils ont un droit à des soins, à la nourriture, à un logement, à n’importe quoi. (…) Ces assistés qui ne payent pas d’impôt sur le revenu voteront de toute façon pour le président ». (…) Mon boulot ce n’est pas de m’inquiéter de ces gens. Je ne les convaincrai jamais de prendre leur vie en main ». Pour quelqu’un qui a centré sa campagne sur le chômage, cette division de l’Amérique en deux blocs homogènes restera une curiosité. La plupart des commentateurs ont par ailleurs noté que les Américains qui ne payaient pas d’impôt sur le revenu était toutefois soumis à de nombreux autres impôts et taxes.

Les Palestiniens

En rentrant de sa tournée à Londres, Varsovie et Jérusalem, Mitt Romney avait dû s’expliquer sur quelques bourdes, mais il avait été difficile de cerner sa vision du conflit au proche orient. Il s’est dit par le passé favorable à deux Etats, donc à un Etat palestinien. Dans la vidéo de Boca Raton, il en va autrement: « Les Palestiniens n’ont aucun intérêt à établir une paix durable » (…) « Le chemin vers la paix est presque innenvisageable ». Dans le long extrait que vous pouvez lire sur Mother Jones, Mitt Romney explique en gros que Gaza étant trop proche de Tel-Aviv, une frontière à cet endroit serait un cauchemar pour Israel. Et que les Palestiniens, dans leur homogène haine d’Israël, ne seraient que plus motivés à la destruction de l’Etat. La conclusion est plus surprenante: il prévoit que le problème ne puisse pas se résoudre: « On vit très bien avec ça entre Taïwan et la Chine », compare-t-il, avant de préciser qu’un ancien secrétaire d’Etat (on ne sait pas lequel) lui aurait fait part d’un truc qui se préparerait pour après les élections.

Ces conversations ont été rendues publiques au moment même où, à la peine après les conventions, Mitt Romney devait réorienter sa campagne. Une campagne qui, selon Arianna Huffington (ici en français) est ni plus ni moins « entrain de foirer ». La commentatrice relève notamment le contraste entre la candeur et la précision des réponses de Mitt Romney à ses bailleurs de fonds, alors que dans les médias, il se tient strictement à des réponses vagues et impossibles à décrypter. C’est ce contraste qui est probablement à la base de l’importance qu’a prise l’affaire des enregistrements pirates.

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