Toujours plus O


Les sondages sont un peu les stéroïdes des analystes politiques: on s’en méfie, on sait qu’une campagne serait plus intéressante si on s’en passait, mais tout le monde les utilise. Cette semaine, ces sondages montrent un Mitt Romney distancé, mais pas suffisamment largué pour exclure un final au sprint.

Dans la caravane 2012, celui qui distribue la meilleure came, c’est Nate Silver, sur le blog FiveThirtyEight, du New York Times, que vous connaissez déjà si vous traînez par ici. Et son mélange maison estimait, le 28 septembre, l’issue du vote populaire à 319 grands électeurs pour Barack Obama contre 219 pour Mitt Romney (il en faut 270 pour être élu). Les chances de gagner s’établissent, pour notre dealer d’arithmétique, à 84% pour le Président. Pour ceux qui, comme moi, se sont demandé si les sondages réalisés 40 à 50 jours avant l’élection sont prédictifs, Nate Silver a vérifié: depuis 1936, dans 18 cas sur 19, les candidats qui menaient les principaux sondages dans cette période ont remporté l’élection (et, non, l’exception n’est pas Bush ’43).

Mitt Romney a-t-il cru que la situation économique suffirait à convaincre les Américains de changer de CEO? Est-il empêché par la diversité de son électorat de se positionner trop fortement sur les questions sociales au sujet desquelles il n’a pas toujours un avis consistant? Est-il à la merci d’une évolution démographique fondamentalement défavorable au parti républicain? Enfin, est-il la victime inattendue de l’évolution du financement politique? Faisons le point avant la série de quatre débats qui vont le relancer… ou le couler.

L’argent Mitt Romney a réussi à surpasser le Président dans ses récoltes de fonds entre mai et juillet. Mais au total, les deux campagnes bénéficient d’un financement connu relativement similaire: ce tableau du Washington Post montre l’état des finances des deux équipes: Barack Obama a récolté 779 millions de dollars, et Mitt Romney 784. Ils ont dépensé respectivement 612 et 534 millions de dollars. (Grâce à Citizen United, une partie des fonds à disposition des campagnes n’est pas révélé. Les organisations les traquent donc en suivant les dépenses publicitaires). Mitt Romney souffre peut-être d’un handicap dû à ce système de financement politique: les superPACS peuvent lever des fonds illimités, à condition de ne pas coordonner leurs efforts avec les campagnes « officielles ». Il en résulte qu’une variété d’intérêts militent en faveur des candidats sans que ceux-ci n’aient complètement la maitrise de la campagne. La campagne de Mitt Romney repose davantage sur des organisations indépendantes, il a peut-être plus de mal a délivrer un message clair et univoque.

La personnalité « Mitt Romney est un grand leader, mais pas un grand politicien. On a beau se plaindre des politiciens, on aime bien quand ils sont bons ». Le constat viendrait de l’intérieur de l’entourage de Mitt Romney, selon Politico: les gens qui le côtoient l’aiment, le savent chaleureux et compétent, mais ça ne se voit pas à l’extérieur et ça plombe la campagne du républicain, selon le site. « Il y a la convention mitigée, la vidéo des 47%, l’économie qui s’améliore, les sondages biaisés et la religion mormone, mais en définitive, le problème, c’est Mitt », dit Politico. Un récent sondage distillé sur le Huffington Post donne à Mitt Romney un taux d’opinion favorable plus bas que celui de George Bush, pourtant récemment donné pire président des Etats-Unis. Même si comparer un candidat et un homme d’Etat qui a exercé huit ans est quelque peu douteux, le signe n’est pas très bon. Pour faire la différence lors du premier débat qui aura lieu mercredi prochain, Mitt Romney devra, pour le Wall Street Journal, « maîtriser deux objectifs qui tendent à être contradictoires: être dur, et être sympa. »

L’Ohio Cette semaine, les deux candidats sont allés au charbon, en Ohio. Essentiel pour Romney, l’Etat commence à quitter son statut de swing state pour virer au bleu sur les cartes de vote. C’est qu’il n’y a pas que du charbon, en Ohio, mais surtout des marronniers, et des bagnoles. Et si le bailout de l’industrie automobile pouvait avoir un effet sur l’électorat, ce serait d’abord ici. Un sondage du New York Times donne Mitt Romney en retard de 10 points, ce qui lui vaut l’ironie de la reporter de The Atlantic, qui voit le Buckeye State comme un fléau pour Mitt. Or, jamais un républicain n’a gagné sans l’Ohio, rappelle-t-elle.

Enfin, dans la grande traditions des prévisions de Paul le poulpe, la vente des masques d’Halloween semble pencher en faveur de Barack Obama.

Illustration: Bibi & Mézig, New Haven.
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