Vrai ou faux? La pauvreté, grande oubliée de l’élection


Las Vegas Strip, Nevada

Jeune homme désargenté, Las Vegas, Nevada ©2012 loé

Idée reçue no2: la pauvreté n’intéresse ni les candidats ni les médias.

Dans les grandes démocraties modernes, tous les quatre à cinq ans, les campagnes électorales sont accusées d’oublier la pauvreté. Les leaders du monde libre n’échappent pas à la règle: pas plus tard que la semaine dernière, un billet d’USA Today (premier tirage du pays, grâce à une dispersion massive dans les hôtels), répétait ce lieu commun: la pauvreté, enjeu invisible de l’élection. Invisible? Tu plaisantes?

Ni Barack Obama, ni Mitt Romney n’ont évoqué la pauvreté dans le premier débat qui les a opposé au sujet de la politique intérieure. C’est vrai. Mais d’abord, ce débat entre un apprenti populiste et un technocrate mou n’a pas soulevé d’enthousiasme majeur dans quelque domaine que ce soit.

Et puis, ce débat s’adressait aux électeurs. Vous aimez vous faire traiter de pauvre, vous? Non. Car comme l’essentiel de mes lecteurs, vous vous rangez dans la classe moyenne. C’est en train, cependant, de changer. Comme le montrent ces recherches du Pew, l’importance statistique de la classe moyenne décline. La pauvreté, elle, s’aggrave.

Pew Research Center, 2012. (Cliquez pour voir la source)

La pauvreté aux Etats-Unis est partout. Elle est sévère, visible, triste, préoccupante. Mais si le mot « pauvre » n’est pas souvent prononcé, en conclure que le problème n’est pas abordé est en partie une forme d’ethnocentrisme. Car le chômage, encore plus que dans d’autres états à la sécurité sociale plus développée, est une cause majeure de grande pauvreté.

Il est aussi aux premiers rangs des préoccupations des électeurs et des candidats. De même que « l’état de l’économie », la situation de la formation professionnelle, le retour des vétérans, l’accès à la santé. Et si on peut trouver que les solutions proposées sont peu volontaristes (elles tentent à tout prix, de tous cotés de l’échiquier politique, d’éviter une plus grande participation de l’Etat), c’est bien la lutte contre la pauvreté que visent, in fine, ces problématiques. On doit aussi reconnaitre que derrière une pudeur à dénoncer l’échec d’une époque (Beaucoup d’enfants américains ne seront pas mieux lotis que leurs parents), se cache bien un constat partagé: la pauvreté  est un enjeu important de l’élection américaines de 2012, tout comme la sécurité ou les finances publiques.

Enfin, comment  réfléchir à la pauvreté sans évoquer la question raciale? Celle-ci fera l’objet d’un autre billet de la série. Mais notons déjà que la pauvreté n’est pas également distribuée de ce point de vue, c’est une évidence. Comme me le faisait remarquer un professeur d’histoire afro-américaine de l’Universié Yale, Jonathan Holloway (dont je vous recommande une fois encore le cours en libre accès), « la pauvreté urbaine du nord touche en premier lieu les noirs. La pauvreté rurale est essentiellement blanche ». Pourtant, quand on leur demande de se situer dans l’espace social, les réponses des noirs, des blancs et des hispaniques diffèrent relativement peu.

L’ouvrage de Michelle Alexander « The New Jim Crow« , examine la composante raciale du système judiciaire américain, et fait énormément de bruit à sa sortie en 2010. J’y reviendrai. On y trouve notamment d’intéressantes clés pour comprendre comment, depuis l’instauration de l’esclavage, les relations entre blancs pauvres et noirs a structuré le discours sur la pauvreté et les classes sociales de manière très différentes de l’Europe, raison pour laquelle il m’apparait délicat de juger de l’intérêt pour la pauvreté à la seule présence de ce mot dans le discours public sur la campagne.

Verdict: PAS COMPLETEMENT FAUX, MAIS LOIN D’ÊTRE TOUT A FAIT VRAI.

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