L’élection de George Bush hante toujours la politique américaine


« One should never attribute to malice that wich can be adequately explained by stupidity »

Hanlon’s Razor, cité par Richard Hasen. 

The Voting Wars, Yale University Press, 2012

The Voting Wars, Richard L. Hasen, Yale University Press, 2012

En 2000, la succession du président Bill Clinton se joue entre son vice-président, le démocrate Al Gore, et et le fils du 41e président, le républicain George W. Bush. La Floride, avec ses 25 Grands Electeurs (Elle en a désormais 29) est décisive. Mais son vote est entaché de nombreuses controverses: l’annonce de la victoire d’Al Gore par les médias alors que les urnes ne sont pas fermées (la partie nord-ouest de la Floride se trouvant sur un fuseau horaire différent du reste de l’Etat); le recomptage, dû à une marge très étroite entre les candidats. Et enfin, la Cour Suprême qui interrompt un troisième recomptage et donne l’Etat (et donc la Présidence) à George Bush par 537 voix d’écart.

Un Etat clé, des machines à voter défaillantes, des procédures de comptage bâclées, des instructions de vote pas claires, l’exclusion de milliers de personnes des registres électoraux sur la base d’informations judiciaires erronées et, enfin, un vote très serré, décisif au niveau national. La conjonction de tous ces éléments a certes constitué une « perfect storm » mais rien ne garantit qu’elle ne puisse pas se reproduire, avertit le chercheur Richard Hasen, dans The Voting Wars, qui paraît juste à temps pour la présidentielle 2012. Pire: l’arrivée des réseaux sociaux pourrait avoir un effet multiplicateur de l’agitation qu’un tel événement ne manquerait pas d’engendrer. « Si vous pensez qu’une douzaine d’années après les faits le pays a réglé ses problèmes en matière de tenue d’élections, vous êtes à côté de la plaque », avertit Richard Hasen.

« En fait, l’élection de Floride a servi de révélateur. Mais pas dans le sens que vous croyez » explique l’auteur. « S’il y a bien eu quelques efforts pour améliorer la manière dont le pays recueille et enregistre les votes (en particulier, pour se débarrasser des machines à trou les plus archaïques), la Floride a surtout révélé aux politiciens l’avantage qu’ils peuvent tirer du contrôle de la mécanique du vote et de la manipulation des règles, et d’attaquer juridiquement le processus le plus souvent et le plus tôt possible. Désormais, l’élection elle-même fait partie intégrante des stratégies politiques des candidats.

« Les Etats-Unis sont une des rares démocraties modernes à confier les opérations électorales à un personnel local et partisan », dénonce le chercheur. Ce « localisme » entraîne la cohabitation de différents niveaux de compétences, et d’ailleurs ce qui est parfois perçu comme de la manipulation partisane se révèle souvent ressortir d’un manque de formation, de difficultés à suivre une procédure ou de ressources inadéquates.

La politisation des modalités du vote entraine pour l’auteur une perte de confiance du public dans l’impartialité du processus. Il constate aussi une multiplication du recours à la justice dans les élections.

Un chapitre du livre est consacré spécifiquement aux ID laws, ces lois  introduites dans de nombreux Etats à majorité républicaine et qui visent à limiter la fraude électorale en forçant les électeurs, par exemple, à se munir d’une carte d’identité avec une photo. Or, non seulement de multiples organisations et institutions estiment  le problème de la fraude électorale extrêmement réduit, voire inexistant. Les démocrates soupçonnent donc les républicains de chercher à limiter la participation de groupes qui votent en majorité démocrate.

Dans ce cycle d’élections, de la formation des districts au contrôle d’identité des électeurs, de nombreuses personnalités ont réclamé que le processus électoral soit confié à des instances plus indépendantes des partis. Ce livre devrait leur apporter quelques arguments.

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Joe Lieberman, sénateur indépendant (sortant) du Connecticut, apparaît justement dans le New York Times Magazine du 3 novembre. A la question de savoir s’il aurait du compter sur physique* lorsqu’il était candidat vice président de Al Gore, il répond « Oui. Ça, et un vote plus clair ». Il indique toujours ressentir déception, rage et frustration à propos du vote de Floride.

*Une référence au fait que « Paul Ryan shirtless » a été recherché sur Google neuf fois plus que « Paul Ryan Budget » après la publication par le magazine TIME de photos de Paul Ryan torse nu faisant son fitness.

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